En plein Luberon, tout près de Gordes, les gorges du Véroncle, renferment un patrimoine industriel historique remarquable, vestige des efforts de l'homme dès le XVIème siècle pour mettre en valeur une nature sauvage et rebelle.
Depuis le barrage des étangs au pied du village de Murs, jusqu'au hameau des Cortasse très en aval, plusieurs moulins à farine sont disposés au fil du ruisseau.
Ces moulins sont de type horizontal, des canalisations naturelles ou bâties amènent l'eau dans une conduite forcée, le canon (2), qui va accélerer le débit de l'eau laquelle va actioner un roudet (4) (roue à aubes rudimentaire) entrainant un axe, le bassègue (5) qui met en rotation une meule de pierre. Les grains seront broyés entre la meule courante (9) (celle qui tourne) et la meule dormante (10), la finesse de la mouture étant réglée par le meunier en agissant sur l'écartement des deux meules par un ingénieux système de leviers (8).
Le réseau hydraulique est impressionnant, réservoirs pour stocker l'eau de pluie, béals tortueux bâtis au plus près de la roche, conduites d'évacuation des eaux "de travail" etc.
Le visiteur un tantinet curieux va rester pantois devant la qualité et la quantité du travail accompli ici, et ce, mais à l'époque c'était normal, sans violer la nature ni la défigurer.
Le moulin Cabrier et le moulin Jean de Mare sont les plus représentatifs, ils témoignent de l'ingéniosité des familles Vaudoises du XVIème siècle. Un certain Michel Serre, dit Marro de Cabrières d'Avignon fut torturé par l'inquisiteur en 1553 qui "lui a faict brûler sous les piezds jusques sept fagots".
Le barrage des étangs, tout près de Murs, de type barrage masse retenait l'eau pour alimenter le plus régulièrement possible les moulins en aval.
Une grande partie de ces gorges est propriété privée, il est donc important pour que le visiteur puisse en profiter longtemps, de respecter les lieux et la tranquilité des riverains, le moulin des Grailles en est le plus bel exemple, le GR passant juste devant le porche de la maison habitée, un bonjour amical mais discret aux propriétaires dans le jardin ou sur le pas de la porte, est un bon signe de "savoir vivre".
Attention certaines parties de la rando décrite sont difficiles et absolument à éviter si :
- pas assez d'expérience en passages aériens et verticaux, mais contournement possible
- pluie ou risque d'orage, nous sommes dans le lit d'un torrent..Danger absolu !
- pas de chaussures de rando adaptées, roches glissantes.
En aucun cas l'auteur de ces lignes ne saurait être tenu pour responsable en cas d'accident, cet article est un reportage, en aucun cas une incitation à la randonnée hors balisage, en passages difficiles, et dans tous les cas sans l'expérience nécessaire.
Nous débuterons cette rando découverte du patrimoine depuis le minuscule parking sur le bord de la D2 en sortie de Gordes. Le GR file vers les gorges et rapidement nous arrivons au début du parcours des moulins à la hauteur du moulin des Grailles transformé aujourd'hui en habitation privée.
Plus haut, après avoir plongé dans les gorges par un passage équipé d'une échelle, se trouve le moulin de Cabrier qui nous permet encore de voir son système technique ingénieux.
l'arbre d'entrainement, ou bassègue, qui plonge dans la cavité où se trouve le roudet et sort au dessus pour entrainer la meule courante.
les deux meules, la courante au dessus et la dormante en dessous
deux types de meules pouvaient être utilisées, soit en calcaire monolithique de la région, "molasse"
meule en molasse
soit en silex importé, dans ce cas elles seront en plusieurs morceaux assemblés par du fer.
la bouche d'échappement de l'eau, retour vers le ruisseau
contournant le moulin nous remontons vers son système d'alimentation en eau
la resclause, retenue d'eau en pierre de taille est alimentée par un béal taillé à même la roche
le sentier de randonnée utilise ce béal pour remonter un peu plus en amont sur le cours du ruisseau
En contrebas du moulin, ne négligeons pas les immenses marmites creusées par le cours d'eau, érosion naturelle ayant créé un décor surréaliste d'arches et de cavités où la lumière joue sa symphonie.
une autre marmite à escalader, une échelle en fer est en place
Il est assez facile de cheminer dans les superbes gorges, le lit du ruisseau est complètement à sec, il en serait bien autrement après un bel orage.
chacun choisi son passage, Yvette préfère passer en hauteur en suivant le balisage, moi je reste dans le creux du ruisseau
Un carabe des bois, très bon coureur il chasse ses proies à la course.
le sentier sort du fond des gorges pour passer en latéral par une longue montée, puis, par un pas de désescalade équipé de câble, nous revenons au plus près de cours d'eau
le lit est de plus en plus large, les falaises de plus en plus hautes, nous sommes dans le canyon, au Grand Méandre
l'arche brisée
Puis c'est le moulin Jean de Marre 2 qui apparait
ce moulin est appelé "gruaire", il fabriquait la fine fleur de la farine
datant du XVIème siècle il a été restauré au début du XIXème, comme en témoigne le porche gravé et, au vu des vestiges, devait aussi servir d'habitation à l'année, c'était une très belle bâtisse sur plusieurs étages.
le lit du ruisseau est très étroit, les lacets du cours d'eau ont creusé la roche sur les cotés
puis c'est le moulin Jean de Mare 1 celui ci devait aussi servir d'habitation à l'année, sur le porche est gravé 1727 mais il a certainement été bâti au XVIème siècle et restauré au XVIIIème.
le sentier balisé part sur la gauche et s'éloigne du lit du Véroncle, mais en eaux basses ou à sec, il est possible de continuer sachant qu'il va y avoir un passage assez délicat, voire difficile pour certains.
Nous arrivons tout près de l'aven de Cata, un gouffre dans le lit du ruisseau probablement en relation avec l'exurgence de Fontaine de Vaucluse, d'ailleurs un trou noir et "sans fond" est bien visible au milieu d'une mare verdâtre.
l'aven de Cata
le sentier passe sur le coté gauche, une roche extrèmement glissante entourée de vase est équipée d'une corde pour aider au passage
attention...ça glisse !
et emmène le randonneur au pied du canon d'alimentation en eau du moulin qui existait ici, il n'en reste rien d'autre que ce canon lisse et quasi vertical de 5 à 6 m de long et à peine 50/60cm de large, c'est par ici qu'il faut passer, il n'y a aucune autre possibilité (sinon de faire demi tour).
Une corde à noeud aide bien, Yvette passe la première, les épaules touchent, le sac râcle la pierre, il faut caler les pieds au mieux et...tirer sur les bras. Claustrophobes s'abstenir !
en ce qui me concerne, ça coince un peu aux entournures mais bon...ça passe !
nous ferons la pause ici, sur une margelle de moins d'un mètre de large au dessus de l'aven
la suite du sentier nous emmène rapidement au moulin de Charlesse et, peu après, le sentier qui avait évité l'aven de Cata revient dans les gorges.
bien que très ruiné il témoigne encore d'un passé chargé d'histoire, en cherchant dans les pierres, on retrouve des vestiges de la machinerie
Plus loin encore, et dans cette partie les gorges n'en ont plus que le nom car nous sommes presque en plaine, se cache le moulin de Dévissé qui comportait trois étages, la chambre des eaux, la chambre des meules et au dernier le logement du meunier mais servant aussi de grenier à grains.
le linteau porte la date 1573.
quelques centaines de mètres plus loin, nous arrivons tout en haut du Véroncle, au moulin des étangs, inaccessible car privé et habité, il est surmonté du barrage des étangs aujourd'hui comblé et quasi à sec. Deux énormes murailles de pierre retenaient les eaux pour réguler le débit du ruisseau.
le sentier rejoint la piste DFCI qui mène à Murs, nous n'iront pas jusque là, allongement de parcours autant inutile que pénible,quand on vient de parcourir ce genre de sentier admirable, marcher sur la piste encagnardée est désagréable au possible.
Changement de direction et retour en direction du point de départ en suivant en enchainement de sentiers qui traversent le bois d'Audibert.
vue sur les falaises de Lioux
retour au moulin des Grailles en "récupérant " le GR qui vient de Joucas
le très beau moulin des Grailles, superbement transformé en habitation.
Une très belle rando dans un décor chargé de l'histoire de notre région, en cherchant un peu on pourrait, je crois, entendre le travail et les cris des meuniers.
Pour ce circuit dont il existe une grande quantité de variantes surtout pour le choix du retour, nous avons parcouru environ 13km avec un cumul de dénivelé de 400m en privilégiant les gorges et l'étude des moulins plutôt que d'aligner les kilomètres.